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Shin megami tensei: digital devil saga



 



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Shin megami tensei: digital devil saga

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MessageSujet: Shin megami tensei: digital devil saga  Mer 10 Juin - 15:48

Source: JV



Le monde du RPG a quelquefois tendance à se
laisser porter par quelques-uns de ses vieux démons, notamment
l'absence d'originalité dans les thèmes abordés. Si l'on se base sur
les dernières sorties en date et mis à part quelques petits rebelles,
il est aisé de remarquer que nombre de productions s'accrochent
désespérément à la notion de grand méchant destructeur qui cherche à
mettre à sa botte un monde orienté héroic-fantasy. Si cela ne joue pas
contre la grande qualité intrinsèque des titres en question, genre FF
III sur DS ou Draque 8 sur PS2, il est tout de même plus qu'agréable de
dénicher une nouveauté probante, une originalité de ton qui donne envie
de s'investir. C'est ce qu'arrive à faire Digital Devil Saga.


Faisant partie de la grande famille de Shin Megami Tensei débutée
sur MSX et dont on a pu apercevoir le bout du nez récemment en Europe
via l'aride Lucifer's Call (alias Nocturne), Digital Devil Saga est en
quelque sorte un spin-off de la série, réutilisant l'univers propre à
cette dernière tout en modifiant les personnages et le scénario
général. Néanmoins, tous les habitués de cette saga plongée dans des
tourments démoniaques et d'une richesse symbolique remarquable
retrouveront aisément leurs marques avec cet épisode. Que ce soit au
niveau des termes utilisés ou de l'apparence des diverses créatures,
vous referez la connaissance des Petras, des Apis ou encore des
orgueilleux Archanges dans un univers dérangeant d'une puissance
immersive grandiose. Loin d'évoluer dans des standards battus et
rebattus, Digital Devil Saga ouvre son discours sur un ton
particulièrement inhabituel et sur la construction habile d'un
environnement brut, voire sauvage. Les évènements se déroulent dans un
lieu dépressif et froid nommé justement Junkyard, au sein duquel six
tribus s'affrontent plus ou moins quotidiennement afin d'accéder au
Nirvana, matérialisé ici par une tour gigantesque menant à une sorte
d'ailleurs fantasmé. Représentant dans l'esprit de l'ensemble du genre
humain une espèce de paradis cotonneux, cet aspect tend à disparaître
au fur et à mesure de l'avancée dans la quête pour se métamorphoser en
la signification réelle du terme, à savoir l'éveil, l'accession à un
but spirituel. Car c'est bien de cela qu'il est question dans ce RPG,
tant l'absence d'élévation intellectuelle des divers acteurs est
oppressante. On se plonge dans un quotidien guerrier, résumé de la
meilleure manière qui soit par l'un des personnages secondaires du
soft, à savoir "manger ou être mangé". Une vision qui trouve d'ailleurs
sa pleine mesure lorsque le groupe du personnage principal, Serph,
subit de plein fouet la libération d'une force mystérieuse, en plein
affrontement avec le clan des Vanguards.

Certains décors sont tout bonnement magnifiques.A
partir de cet instant, l'ensemble des habitants de Junkyard se voit
investi d'une capacité de métamorphose, permettant à chacun de revêtir
l'aspect de démons terrifiants, motivés par des réflexes ataviques
brutaux. La morale ne compte plus, l'art de la guerre est oublié, il
faut désormais dévorer, se nourrir de l'autre pour survivre. Un
cannibalisme global se met alors en marche, et l'être humain trouve en
lui une condition de bête, dirigée par son instinct. Un parti pris très
intéressant donc, modifiant le principe même de la guerre pour lui
retirer toute volonté de conquête. Ici, seule la mort simple et
grisante est au bout du conflit. Changeant physiquement, les individus
subissent également des problèmes psychologiques et laissent le plus
souvent échapper les plus sombres recoins de leur personnalité. Digital
Devil Saga est tout de même l'un des seuls titres à amener le doute
dans l'esprit du joueur face à ses compagnons. Ces derniers deviennent
d'un seul coup étrangers, inquiétants, et vous aurez à coeur de
surveiller leurs moindres réactions. Si on ne tombe pas dans la
paranoïa, le jeu s'en sert habilement pour continuer à mettre en place
son univers dérangeant et bourré de références rarement aperçues dans
un soft. Ouvertement mystique, le jeu s'appuie en grande partie sur la
culture bouddhiste, tant au niveau du design que du propos. En effet,
les nombreuses constructions dans lesquelles vous errerez en quête de
votre accès au Nirvana ressemblent aux stûpas indiens, des temples
assez massifs commémorant en résumé la mort de Bouddha. D'autre part,
les diverses provinces composant le Junkyard portent toutes le nom d'un
des Chakras du yoga, et adaptent le thème de la ville, la manière de
penser ou de vivre des habitants à ce que représentent ces mêmes
Chakras. Le plus probant reste tout de même l'endroit phare du soft,
nommé Sahasrara, abritant le Temple, centre de la vie du monde. Sa
correspondance dans les 7 Chakras est en fait l'"étape" de la
conscience, ce qui se marie de manière parfaite avec ce que véhicule le
Temple dans le contexte du titre.

Voilà ce qu'il reste de la morale humaine après la catastrophe...S'axant
sur cette base spirituelle et l'employant de manière intelligente, le
soft d'Atlus se donne un caractère inimitable et une profondeur digne
d'intérêt. D'autant que le mélange entre cyber-punk et mythologie, pas
forcément gagnant sur le papier, acquiert ici un aspect très homogène,
lançant quasiment une nouvelle façon de voir l'évolution de notre
société dans un pseudo futur. Bien ancré sur ses pieds, Digital Devil
Saga peut alors continuer son chemin vers des hauteurs où on ne
l'attendait pas forcément. En effet, déjà auteur d'un choc artistique
et créatif, ce dernier prend les devants et propose un système de
combat très simple mais à l'efficacité redoutable, notamment au niveau
de la gestion de la transformation en démon. Dès que vous entamez un
affrontement, tous les membres de votre équipe sont automatiquement
métamorphosés en créatures féroces, sauf bien sûr si vous subissez une
attaque surprise. Dans les deux cas, il faut savoir que la gestion de
votre statut est primordial. Alors que les formes démoniaques sont plus
puissantes et plus résistantes, le fait d'avoir un ou plusieurs
individus encore humains permet de débloquer des combinaisons de coups
parfois dévastatrices et impossibles à réaliser autrement. Il est donc
très important d'une part de connaître parfaitement les configurations
nécessaires et d'autre part de jauger l'importance ou non d'utiliser
cette technique. D'autant que l'utilisation exclusive des créatures est
tout aussi passionnante. On retrouve le principe général de Shin Megami
Tensei 3, mettant clairement en avant les rapports élémentaux. Dans les
faits, chacun des camps a trois actions possibles à chaque tour et peut
en perdre ou en gagner suivant ses choix stratégiques et un petit
facteur chance.

Certains coups font nettement ressentir la puissance utilisée.En
résumé, si vous parvenez à toucher un adversaire avec une magie à
laquelle il est sensible, vous gagnez une possibilité d'action. De
même, si vous arrivez à anticiper la réaction d'un ennemi et que vous
vous protégez grâce à un mur magique de la même nature que le sort
qu'il va vous lancer, vous gagnez un tour. Enfin, si vous effectuez un
coup critique, vous empochez également un petit bonus similaire. Il est
donc nécessaire de bien avoir en tête les caractéristiques de ses
opposants afin de se créer des ouvertures souvent synonymes de mort
rapide pour votre adversaire. Toutefois, la même configuration peut se
retourner contre vous et vous placer dans une posture peu enviable. Un
principe qui reste simple d'accès, tout en apportant une petite
subtilité et une constante réflexion, ne se limitant pas à créer des
dieux du combat par le biais du level-up. Pourtant, malgré cet aspect
facile d'accès, le schéma des combats a tendance à parfois s'emballer,
notamment à cause de l'idée saugrenue des renforts (vagues d'ennemis
apparaissant immédiatement après la mort d'une première fournée), déjà
présente dans SHin Megami Tensei 3, ainsi que d'une propension à
associer des opposants très complémentaires, ce qui peut poser quelques
sueurs froides pas vraiment nécessaires. Surtout lorsque l'on se rend
compte que la majorité des donjons durent largement plus d'une heure et
que le rythme des combats aléatoires sent le old-school à plein nez.
Certes, les points de sauvegarde sont nombreux, mais le coût très élevé
des objets de santé et de recharge de magie empêche de se lancer
aveuglément dans l'aventure, sans a priori. S'il est bien moins austère
et difficile que Lucifer's Call, Digital Devil Saga reste en moyenne
assez rude pour les novices en la matière.

Voici le fameux tableau de téléchargement des Mantras.Un
autre point très intéressant permet au jeu de se détacher du lot,
prenant la forme du système de téléchargement des Mantras. Ces derniers
sont en réalité des programmes de combat distribués par le Temple,
nécessitant un apprentissage plus ou moins long avant d'être actifs.
Représenté par des entités portant un nom en rapport avec leurs
capacités, ceux-ci se trouvent sur une sorte de sphérier à la Final
Fantasy X, sur lequel vous évoluez au gré de votre expérience gagnée.
Durant les combats vous empochez en effet d'un côté des XP classiques
et de l'autre des Atma Points, vous servant en gros de points de
compétence, obligatoires pour acquérir les capacités des Mantras. Une
fois que vous en avez sélectionné un sur l'écran de téléchargement que
vous avez pris note des pouvoirs qu'il va vous offrir, il suffit de
l'insérer à votre personnage. A partir de cet instant, à l'instar du
système d'apprentissage de FF 9, vous allez devoir compléter une barre
de progression d'Atma avec les points récoltés afin de débloquer les
capacités de votre programme. Une fois cela fait, vous pourrez équiper
ces dernières dès que vous le souhaiterez, dans la limite des slots
disponibles. Une idée ingénieuse, qui donne la possibilité de créer de
toutes pièces son combattant rêvé et de mettre en place un groupe se
complétant à merveille. La petite subtilité étant ici la manière de
collecter les AP, sachant qu'il vous est offert de littéralement
dévorer vos ennemis. Bien entendu, cette façon de faire plutôt
archaïque vous gratifiera d'un nombre de points bien plus conséquent,
mais pourra également vous causer des maux de ventre à terme. Une
impression désagréable que le titre d'Atlus ne vous causera jamais tant
il se révèle passionnant après une entrée en matière un peu molle.
Allant jusqu'au bout de ses choix et assumant sa propre sauvagerie, le
soft se révèle sous ces amas de chairs sanguinolents. Petite perle
d'originalité et disposant d'une ambiance extrêmement immersive, il se
métamorphose pour devenir soudainement un très bon RPG, qui peut
parfois montrer les dents.

Killy , le 15 septembre 2006


président de la SPBFF

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